« L’horreur est humaine.
La tentation est grande, face au génocide, de dire : « Ce sont des monstres ». Cette formule a un effet de protection : elle installe une distance rassurante, comme si le mal venait d’une espèce étrangère à l’humanité. Mais c’est une illusion défensive. Le crime de masse, la cruauté méthodique, l’organisation d’une famine ou d’une destruction planifiée ne sont pas des déchaînements « bestiaux ». Ils relèvent au contraire d’un savoir-faire technique, logistique et politique spécifiquement humain.
Lorsque l’ancien ministre israélien Yoav Gallant qualifie les Palestiniens « d’animaux », il ne produit pas seulement une insulte. Il opère une expulsion symbolique de l’autre hors de l’humanité, rendant son extermination pensable, et même « justifiable ». Ce processus est bien connu dans l’histoire des génocides : les Tutsis du Rwanda traités de « cafards », les Juifs qualifiés de « vermine » par les nazis. Sur le plan psychique, ce geste permet au bourreau de se délester de toute culpabilité : on ne tue pas un être humain, mais un nuisible.
La psychanalyse nous rappelle pourtant que la haine, la violence, la jouissance à détruire ne sont pas l’apanage des « autres ». Freud, dans « Malaise dans la civilisation », met au jour l’existence d’une « »haine originaire » », antérieure même à l’amour. Vouloir la localiser uniquement dans l’ennemi ou dans des figures monstrueuses relève d’un déni : c’est refuser de voir que l’inhumain est une potentialité du psychisme humain… »
