La banalité de la haine : Journée d’études, Samedi 6 Juin 2026

Samedi 6 Juin 2026 de 9h à 14h Lieu : Cinémadart, Carthage

Argument :

Pour la psychanalyse, la haine œuvre comme tendance native, fondamentale dans le psychisme, nécessaire à la construction du sujet humain en même temps qu’elle pousse à la séparation avec l’autre : pour l’enfant, la mère comme premier autre. Le Moi primitif de l’infans perçoit l’extérieur comme étranger, et la haine sert à repousser ce qui menace son intégrité ou empêcher ce qui fait limite aux processus de plaisir.

Plus tard la haine peut être dirigée contre un frère/soeur, un rival, un parent décevant, ou un groupe rendant la séparation difficile car la haine est en lien souverain avec la dimension de l’amour. La haine du rival, de l’amour déçu, de la jalousie, de la trahison sont liés à une clinique de l’amour ou de la lutte entre petites différences narcissiques. Aussi Lacan place la haine dans le registre de l’hainamoration , haïr l’objet plutôt que renoncer à lui. Ainsi l’identification est ambivalente dès le début, et le sujet devant s’appuyer sur l’objet et ne pas détruire ce qui lui permet de construire une image constitutive de lui-même.

Notre histoire humaine témoigne d’une haine primordiale qui fait retour et se déchaîne lorsque la pulsion de mort se désunit de la pulsion de vie, devenant pure destruction: « Il est indéniable, écrit Freud, que dans le comportement des hommes, se manifeste une aptitude à la haine, une agressivité dont l’origine est inconnue, et à laquelle on serait tenté d’attribuer un caractère élémentaire. »

Le monde contemporain passe par un moment singulier d’exacerbation de la haine, de sa banalisation et celle du meurtre d’une rare férocité entre les personnes et dans le collectif. Une organisation sociale se basant de plus en plus sur des communautés d’identité telles que les groupes religieux ou des organisations nationalistes, extrémistes tous unis par un lien fusionnel entre semblables qui exige de détruire l’ennemi, c’est-à-dire tout ce qui est hétérogène à l’idéal du groupe.

Une forme particulièrement virulente de la haine serait-elle au centre de la terreur génocidaire : exterminer autrui, le réduire à néant ? Et même lorsque l’ennemi est mort, la haine ne s’assouvit parfois pas car il faut faire disparaître le mort lui-même qui continue à travailler dans la mémoire.

Jamais auparavant l’affect de la haine n’a été autant « utilisé » par le politique, canalisé par lui, comme exutoire dans des conflits identitaires, tribaux, religieux, nationalistes. L’histoire passée et actuelle ne manque pas d’exemple de masses haineuses capables de toutes les cruautés au nom d’un « Un identitaire et purifié » comme recherche d’une fusion.

Rétablir le Califat contre un occident dominant, rendre à Israël et au peuple élu sa terre d’origine au prix d’un génocide contre les palestiniens ; fantasmer un grand remplacement qui viendrait altérer la pureté imaginée d’une origine, supposent une haine froide et radicale qui vise l’extermination de l’autre, sans ambivalence ni culpabilité. Le politique est concerné lorsqu’il pousse la communauté à retirer à l’autre tous les insignes de l’appartenance à la communauté humaine, l’abandonnant à un Autre continuellement cruel et indifférent. N’est-ce pas ce que Mohamed Bouazizi nous a appris le 17 décembre 2011 lorsqu’il s’est immolé (immolations qui ne cessent pas de se produire en Tunisie) ?

Que peut la parole comme puissance d’agir devant la haine ? Notre responsabilité individuelle et collective, nos positionnements et nos engagements sont alors pleinement convoqués. 

Programme :
De 9h à 12h
« Le réel de la haine » (Olivier Douville)
Discutant : Okba Natahi
« La haine dans le contre-transfert, un outil analytique. Une lecture de D. Winnicott » : (Samar Mouelhi)
Discutante : Nédra Ben Smail
« La haine du féminin » (Meryem Sellami)
Discutante : Amira Zaatir

De 12H à 14h
Projection de film, Suivi d’une discussion
« Promis le ciel » réalisé par Erige Sehiri
Frais de participation : 20 DT
Lieu : Cinémadart, Carthage